Homère, La guerre de Troie, l’Iliade : les grecs ne sont pas resté absents 10 ans loin de chez eux !

 

Introduction

 

Depuis des années, j’ai lu et entendu ad nauseam que, dans l’Iliade, les grecs assiégeant la ville de Troie sont restés dix longues années loin de chez eux. Pour Ulysse, héros de l’Odyssée, ce fut même vingt ans puisque son retour à Ithaque lui prit dix ans de plus.

 

 

Cela fait des décennies que toute œuvre inspirée de la guerre de Troie (films, BD, romans…) répète comme un mantra : dix ans sans retour en Grèce. Cette simplification m’énerve tellement que je dois le dire haut et fort : les grecs ne sont pas restés dix ans loin de leur pays!

 

 


Sur ces cartes, nous voyons les positions de la Grèce et de Troie : 600 km à vol d’oiseau séparent Athènes d’Ilion (le nom de Troie en grec ancien, qui donnera d’ailleurs le mot Iliade). Plusieurs historiens situent la guerre de Troie autour de 1200 ans avant Jésus-Christ. A quelle vitesse et en combien de temps, un bateau de cette époque, pouvait-il faire le trajet de Troie à Athènes ? Difficile à dire, mais, après des recherches sur le Net, disons un mois et demi : attention, à cette époque, les navires naviguaient principalement avec le vent, pas à la rame ; c’est d’ailleurs à cause de l’absence de vent, une punition d’Artémis, que la princesse Iphigénie fut sacrifiée.

 

 

 

 

La mythologie grecque et ses multiples variantes

 

Pour rappel, il n’existe aucun livre sacré dans la mythologie grecque, comme la Bible ou le Coran. Des ouvrages fondamentaux sont certes parvenus jusqu’à nous, tels la Théogonie d’Hésiode, les livres d’Homère, de nombreuses pièces de théâtre, dont celles des trois grands tragédiens grecs que sont Eschyle (-525, -456), Sophocle (-495, -406) et Euripide (-480, -406) mais aucun livre ne détient la Vérité sur les dieux grecs et les héros.

Cette absence de livre canonique est très importante car, s’il existe des versions « officielles » des mythes, connues du plus grand nombre dans l’antiquité ou de nos jours, il y a aussi des variantes, bien moins mentionnées.

 

 

Un cas simple est la déesse de l’amour, Aphrodite, qui est présentée soit comme la tante de Zeus, soit comme sa fille : ce n’est quand même pas la même chose !

 

 

Plus important, le cas d’Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre. Au tout début de la guerre, la flotte des bateaux grecs, parée à voguer vers Troie, est soudainement immobilisée par manque de vent car la déesse Artémis a maudit ceux qui ont osé tué l’une de ses biches sacrées. Pour lever la malédiction, Agamemnon doit sacrifier sa jeune fille, Iphigénie.

 

Dans l’inconscient collectif des amateurs d’histoire antique et de littérature, Iphigénie meurt, tuée par un prêtre. Mais il existe deux autres versions : l’une où la princesse est remplacée par une biche, déposée par Artémis elle-même, sur l’autel, au moment de son sacrifice à Aulis pour ensuite devenir prêtresse de la déesse en Tauride (sources : « Iphigénie en Tauride » et « Iphigénie à Aulis » par Euripide) ; une autre version, créée 2 500 ans après, raconte qu’une jeune grecque, Ériphile, fille secrète d’Hélène et de Thésée, est la « vraie » Iphigénie exigée par les dieux ; elle se suicidera sur l’autel, laissant ainsi la vie sauve à Iphigénie (source : Iphigénie de Racine).

 

 


Continuons avec Nuée, un être artificiel créé par les dieux pour remplacer Hélène de Troie !!!!!!!!

Voici ce qu’on lit sur le Net : « Hélène (ou Helen), tragédie d’Euripide (représentée en 412 av. J.-C.). Dans cette pièce, Euripide suit une variante du mythe (inspirée notamment de Stésichore et d’Hérodote) : la véritable Hélène n’a jamais été enlevée par Pâris et n’est pas allée à Troie. Elle est transportée en Égypte (par Hermès, sur ordre des dieux) où elle reste fidèle à Ménélas pendant 17 ans, sous la protection du roi Protée puis confrontée à son fils Théoclymène.


À sa place, les dieux (principalement Héra, vexée par le jugement de Pâris, avec le concours de Zeus qui veut alléger la Terre de ses hommes par la guerre) créent un eidôlon (simulacre fantomatique) à son image exacte. Ce double est fait d’une « nuée » (en grec nephélê, souvent traduit par « nuage » ou « nuée » en français), une substance aérienne et illusoire dotée de vie et d’apparence humaine. C’est pour ce fantôme que la guerre de Troie est menée ; il disparaît à la fin de la pièce. »

 

Oui, vous avez bien lu, il existe un mythe, suffisamment connu des grecs pour que le tragédien Euripide en fasse une pièce de théâtre, où les grecs se battront pour un fantôme… incroyable, non ?

 

 

 

Dernier exemple : le cheval de Troie était-il la statue géante d’un cheval ou bien un bateau gigantesque ? 

Depuis quelques années, des études pointent du doigt le fait que le fameux cheval n’en serait un qu’à cause d’une erreur de traduction depuis le grec archaïque utilisé par Homère (8ème siècle avant Jésus-Christ). 

Des infos ici : https://jhm.fr/le-cheval-de-troie-etait-il-un-bateau/ et ici https://www.linternaute.com/actualite/id/10994030-…/

 

 

 

 

Dix ans de combats en continu ?

 

Tous les exemples précédents ne sont là que pour prouver qu’à l’époque de l’antiquité grecque, il existait de nombreuses versions des mythes, et que, même si certains se sont imposés au fil des siècles, il existait d’autres versions, moins connues mais tout aussi « officielles ».

 

Ceci nous emmène au cœur de cet article : j’affirme que les grecs sont revenus régulièrement chez eux et n’ont pas été absents de leurs foyers durant dix années complètes, c qui est toujours sous-entendus par les oeuvres contemporaines ou carrément affirmé lorsqu’il s’agit d’Ulysse !

 

Mes sources ? La logique, la nature humaine… en attendant que tous les « rouleaux de Pompéi », qui désignent les célèbres papyrus d’Herculanum, des manuscrits carbonisés et rendus illisibles par l’éruption du Vésuve en l’an 79 ne soient exploités. Découverts dans une villa d’Herculanum (ville voisine de Pompéi), ces rouleaux sont aujourd’hui en partie déchiffrés grâce à l’intelligence artificielle et à l’imagerie 3D de pointe. Peut-être que l’un de ces rouleaux renferme une pièce de théâtre où les principaux chefs grecs retournent pendant plusieurs mois chez eux, chaque année, pour administrer leur royaume pendant la saison chaude, aucun combat ne pouvant avoir lieu à cause des fortes chaleurs…

 

Pouvez-vous imaginer un seul instant des pères de famille, des maris, des fils, des rois, rester dix ans loin de chez eux, de leur famille, de leur royaume, alors qu’il ne leur fallait qu’un mois et demi pour rentrer à la maison ? Vous imaginez un mari, rester volontairement loin de sa femme pendant dix ans, refusant de voir ses enfants grandir, de revoir celle dont il était follement amoureux, se languir d’amour pour sa belle ? Humainement parlant, je ne crois pas à cette attitude des grecs.

 

Et les puissants, les rois, vous pensez vraiment qu’ils ne sont jamais retournés en Grèce pour gérer leur pays, leur ville, se montrer à ceux affirmant leur mort et voulant prendre le pouvoir ? Les cités États de Grèce ne se dirigeaient pas à 600km de distance !

 

 

 

Continuons ! Combien de guerriers ont combattu réellement pendant dix ans ? très peu, à part les chefs et les rois comme Agamemnon, Ménélas et Ulysse. Les combats ont été nombreux, les morts innombrables, certains guerriers sont tombés dès les premiers jours. Quid des blessés, si gravement diminués qu’ils ne pouvaient plus lutter ? Ils ont été sacrifiés sur place par leurs chefs ou ramenés chez eux, soit pour y finir leur vie, soit pour y bénéficier des meilleurs médecins ? 

 

Pour absorber les pertes des combats, il y eut de nouveaux combattants, régulièrement déversés sur les plages de Troie : d’où venaient-ils ? De Grèce bien sûr : certains avaient dix ou quinze ans au début de la guerre, et, arrivés à l’âge de se battre, ils ont embarqué pour rejoindre leurs compatriotes devant Troie. C’est une preuve de plus que le trajet entre les deux pays était courant à l’époque ; alors pourquoi ne pas envisager qu’ils puissent revenir chez eux pour un repos bien mérité ?

 

 


Cette fameuse guerre de Troie de dix ans est comme la deuxième guerre de Cent ans : ce ne fut pas une guerre en continu mais des affrontements espacés de périodes de paix, plus ou moins longues (parfois plusieurs années).

Pour rappel, la guerre de Cent Ans est une série de conflits opposant le royaume de France à celui d’Angleterre entre 1337 et 1453 (soit 116 ans). Elle est rythmée par quatre grandes phases d’affrontements :

  • Bataille de Crécy (1346) : Victoire décisive des archers anglais, déclin de la chevalerie lourde française
  • Bataille de Poitiers (1356) : Les troupes du Prince Noir écrasent l’armée française et capturent le roi Jean II le Bon
  • Bataille d’Azincourt (1415) : Désastre pour la noblesse française décimée par les archers anglais d’Henri
  • Siège d’Orléans (1428-1429) : Jeanne d’Arc galvanise les troupes françaises et brise le siège anglais
  • Bataille de Castillon (1453) : Victoire finale des Français

 

 


De tout ceci, une conclusion s’impose : les soldats grecs ne se sont pas battus en continu pendant dix ans, bloqués sur la plage de Troie, qu’il y eut des périodes de paix, où les soldats revenaient régulièrement dans leur pays, au milieu de leur famille avant de retourner combattre.

 

 

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